Une pyramide des sécurités psychiques

Mots-clés : pyramide des sécurités psychiques ; sécurité existentielle ; sécurité identitaire et relationnelle ; sécurité sociale et économique ; sécurité culturelle ; sécurité écologique.

A l’image d’Abraham Maslow qui a proposé, à la fin des années 1950, une pyramide des besoins, je me suis laissé aller à proposer une pyramide des sécurités psychiques.

De bas en haut, de la base qui est la plus nécessaire, jusqu’au sommet qui couronne l’ensemble, il me semble que nous trouvons : la sécurité existentielle, la sécurité identitaire et relationnelle, la sécurité sociale et économique, la sécurité culturelle et, enfin, la sécurité écologique.

Pyramide psychique II - Marc Tocquet

La sécurité existentielle se bâtit à partir du vécu des premiers mois de l’enfant. Elle s’établit grâce à une relation à un « caregiver » suffisamment présent, constant et prévisible. Elle est le socle d’un sentiment d’existence, l’établissement d’une limite entre l’autre, la réalité extérieure et les préformes du moi de l’enfant. La forme psychopathologique du défaut de sécurité existentielle est la psychose, et particulièrement la schizophrénie. Mais la question existentielle peut se vivre dans tout autre axe de fonctionnement psychique, à tout moment de la vie, sous la forme d’un trouble existentiel, notamment par le surgissement de moments d’angoisse. La solidité ou les aléas de cette sécurité existentielle influencent la construction de l’identité de l’enfant et sa façon, plus tard en tant qu’adulte, d’exister dans le monde.

La sécurité identitaire et relationnelle est celle qui permet de se sentir un individu autonome, constitué dans son identité, capable d’être en lien avec l’autre, mais capable aussi d’une certaine autonomie par rapport à ce que l’on appelle « l’objet » en psychologie. Ce mot désigne à la fois les personnes et les choses avec lesquelles l’individu interagit. La forme pathologique des failles de la sécurité identitaire et relationnelle constitue ce que l’on appelle les « états-limites ».

La psychothérapie, de façon générale, grâce au transfert, peut intervenir et améliorer directement ces deux premières sécurités.

Accroître ces deux premières sécurités favorise l’accès aux trois sécurités suivantes : si l’angoisse n’est pas trop présente en moi, si je suis capable de penser et ne suis pas soumis au besoin d’une présence constante de l’objet (comme dans la toxicomanie par exemple), il m’est plus facile de trouver ma place sociale, de comprendre et d’utiliser les rouages sociaux.

La sécurité culturelle est celle de ma présence dans une culture dont je comprends les codes, la langue et les usages. Je peux me sentir en sécurité dans cette culture puisque j’en connais les mécanismes et les valeurs.

La sécurité écologique, enfin, est celle qui me permet de me sentir en harmonie avec le milieu naturel dans lequel je vis. C’est grâce à elle, aussi, que je peux faire face aux éventuels changements de ce milieu et agir en fonction de ces transformations.

L’Analyse Psycho-Organique est une méthode psychothérapeutique capable d’opérer sur l’ensemble de l’éventail des formes de fonctionnement psychique, et nos thérapisants viennent à nous avec des demandes, des difficultés ou des symptômes bien divers.

Dans une pratique libérale, cependant, nous ne voyons guère les personnes décompensées ou mal compensées sur le versant psychotique, comme des patients souffrant d’une schizophrénie délirante, par exemple, dont le lieu thérapeutique est spécifiquement la psychiatrie, notamment institutionnelle.

 

Dans la vaste population des personnes effectuant une psychothérapie en libéral, quelles sont les spécificités de l’Analyse Psycho-Organique sur ce thème des sécurités ?

Nous avons des façons spécifiques de travailler dans la restauration des deux premières sécurités, ce qui impacte les trois sécurités suivantes.

Au niveau de la sécurité existentielle, notre capacité en APO de travailler avec ce que nous appelons, à la suite de Joëlle Boyesen, la « régression positive » est un chemin de restauration, une façon de conforter le sentiment de cette sécurité de base. L’accent mis sur cette « régression positive », les techniques spécifiques que nous possédons (comme les « polarisations », le

« processus de naissance », les portages), conjointement à la qualité de la relation thérapeutique et à la prise en compte du travail dans le transfert, constituent une des particularités de l’APO. Concernant la consolidation de la sécurité identitaire, nous disposons aussi de modalités thérapeutiques propres, au premier rang desquelles je mettrais le travail dans les situations. Être capable de réinvestir et de transformer les contenus de situations qui ont constitué et qui constituent encore le thérapisant me semble le meilleur moyen de comprendre et de remanier

ce qu’il a vécu dans ces situations et d’en modifier les effets.

Le travail de l’expression, le patient étant au contact de ses sensations corporelles et de ses émotions, au sein de situations revisitées, est un vecteur essentiel de cette transformation. Le ressenti et l’évocation par le thérapisant des restes néfastes (le résiduel) qui demeurent en lui de situations vécues, l’évocation sensible de ce qu’il aurait aimé vivre dans ces situations au lieu de ce qu’il a vécu, demeurent ce qui permet des avancées dans cette sécurité identitaire.

Conjointement à la prise en compte du transfert qui constitue un des fondements de notre travail, d’autres expérientiels (comme « slow motion » ou « c’est moi »), pratiqués en groupe ou en psychothérapie individuelle, peuvent aussi être l’occasion de percevoir et d’asseoir l’identité du patient.

A partir de cette identité constituée, le thérapisant développera sa place relationnellement. Il lui sera alors plus facile d’être efficace pour s’intégrer socialement et économiquement.

Quand on est à l’aise dans son identité, que l’on n’est pas en danger social ou économique, on peut se nourrir pleinement de la culture dans laquelle on vit et éventuellement participer à son déploiement.

La sécurité psychique écologique est celle de celui qui sait qu’il fera face et sera capable d’être actif pour surmonter les modifications de son milieu de vie. Devant des transformations qui peuvent être fondamentales (changements climatiques, conflits de toutes sortes) cette sécurité interne permet de ne pas être abattu durablement devant des modifications parfois très profondes et éprouvantes de son environnement mais de mobiliser et de mettre alors en acte efficacement l’énergie de vie en soi.

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