REDONNER VIE À SON BÉBÉ INTÉRIEUR

soigner son enfant intérieur

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Aller au contact de son enfant intérieur, mettre des mots sur son vécu, s’autoriser à percevoir son ressenti peut être difficile surtout lorsque le corps a été anesthésié par l’absence de lien depuis tout petit.

Mais quand une mère vient de perdre un être cher, se retrouve brutalement seule, vit du harcèlement ou de la violence, ou est très dépressive, elle peut devenir ce qu’André Green nomme la mère morte pour son enfant.

Les différents comportements de la mère morte peuvent être le rejet, la sollicitation excessive et anxieuse, les oscillations entre cajoleries et hostilités, les sautes d’humeur cycliques et les hostilités consciemment compensées. Une mère totalement absente, c’est une mère absorbée par elle-même qui n’aperçoit pas son enfant. Cet enfant qui la regarde, qui cherche son regard, sans cesse dans ses jambes, sans cesse repoussé. L’enfant a besoin de sa mère pour se construire, elle est son objet d’amour. Mais elle est submergée par sa douleur, sa problématique et ne peut être connectée au besoin de l’enfant très longtemps.

J’ai pu observer dans ma clinique, au combien ces enfants devenaient vite des petits adultes, des enfants sages, avec le contrat de ne surtout pas déranger. Avec un sens de la perception très affiné, un instinct particulièrement développé.

Un enfant dont la mère oscille entre cajoleries et hostilités sent les prémices, les comportements avant-coureurs de son changement d’humeur, il finit par être en alerte constante. L’enfant se transforme en petit marin sur son bateau, alerte, observant le moindre changement dans le ciel même si la mer semble parfaitement calme. Car ce ciel peut brutalement prendre une couleur grisâtre prémices d’un avis de tempête. Mais c’est le visage de sa mère qui s’assombrit, il se met aux abris et attend que la tempête passe. Transit d’effroi, il attend que sa maman redevienne la maman d’avant.

Un enfant dont la mère est dépressive reste dans l’attente de peut-être une attention, un geste, un petit mot affectueux, un regard, une rencontre mais rien : le vide. L’enfant a cette impression d’être transparent. L’enfant est totalement submergé par le poids de la dépression de la mère, il est infecté par la dépression de son objet d’amour. L’enfant est englouti comme tombé dans le gouffre de la mère, il a incorporé sa dépression, elle est en lui. Il la suit dans son humeur dépressive.

Pour un bon fonctionnement de la psyché de l’enfant, celui-ci doit passer différentes périodes.

La première période de vie de l’enfant avant 3 mois est marquée par le stade de l’indifférencié où le bébé forme un tout avec sa mère. Il est constamment animé par ses pulsions comme la faim, les maux de ventre, mais aussi les stimulis extérieurs, des agressions comme les bruits. Il a besoin d’être rassuré par la mère, cajolé.
La mère joue un rôle très important de pare excitation, de protection, pour permettre à l’enfant d’intégrer tous ces stimulis par des signaux significatifs. Comme « je vois que tu as faim, encore quelques petites minutes, je vais te donner à manger ». Où, « il y a beaucoup de bruit, n’ait pas peur, je suis là avec toi, tout va bien », et la mère prend son enfant dans ses bras et le rassure. Ou encore, « je ne vais pas très bien en ce moment, mais ce n’est pas de ta faute, je t’aime et je suis là pour toi ». Les mots sont importants et même si l’enfant ne comprend pas tout, ce qui importe, c’est l’intonation de la voie, la chaleur mise dans ces mots.

La deuxième période de développement est celle où l’enfant se différencie de sa mère vers 8 mois. C’est cette période que l’on appelle l’angoisse du 8 mois. L’enfant intègre progressivement que la mère qui n’est pas là pour répondre à ses besoins dans l’immédiateté comme recevoir un câlin est celle qui va lui en donner un plus tard. Et elles ne font qu’une et une seule personne. L’enfant intègre progressivement que maman va revenir le soir par exemple quand il est déposé le matin à la crèche. A condition qu’il y ait des mots contenants « ne t’inquiète pas, je pars travailler, je reviens ce soir, je t’aime … ». La qualité du lien en prenant le temps d’expliquer est essentielle. Cette période constitue un seuil important dans le processus de différenciation sans cela, l’enfant peut être rapidement submergé par ses angoisses.

La troisième période est l’acquisition du non entre 15 et 18 mois. Il est primordial d’avoir un environnement permissif et bienveillant qui peut permettre à l’enfant de dire non sans peur de perdre l’objet d’amour grâce à une autorité chaleureuse. Comme un « je t’aime, mais ça c’est non, tu n’as pas le droit de jeter ton assiette par terre ». Cela vous parle ?

Le passage sans entrave de ces différentes étapes de développement est primordial dans le développement de la psyché de l’enfant.
Le bébé va devoir établir et consolider chacune de ces périodes respectivement pour passer à la suivante. C’est ce qui va lui permettre d’organiser sa psyché. L’importance de la qualité du lien est primordiale. Si ce n’est pas le cas, le développement s’arrête entrainant de nombreuses répercutions dans sa vie d’adulte. Lors des premiers mois de la vie du bébé, la mère joue un rôle prépondérant dans sa relation à son tout petit. Ce sont ces premières relations à sa mère qui vont permettre au bébé de développer une certaine souplesse dans le développement de son moi, même si un bébé ne va pas réagir de la même façon qu’un autre face à une même situation.
Les incidents traumatiques répétés ne sont donc pas sans conséquence sur le façonnement de la personnalité.


Le trait essentiel de la dépression infantile est qu’elle a lieu en présence de la mère elle-même absorbée par le deuil. La mère est totalement désinvestie de son enfant et l’enfant va interpréter cela comme la conséquence de son comportement avec toutes les formes d’angoisse que cela engendre.

Les conséquences pour la personne dans sa vie d’adulte est qu’elle répète inconsciemment l’identification à la mère morte. Elle est totalement désinvestie de l’autre. Cela a des conséquences sur sa vie amoureuse mais aussi professionnelle, et je constate dans ma clinique combien il est difficile pour ces patients de prendre le bon.
En psychothérapie, on peut voir à quel moment a commencé le drame familial. Puisque cela agit sur sa structure et donc quel stade de développement a été altéré.

L’Analyse Psycho-Organique va permettre de mettre en lumière l’émergence de cet enfant intérieur car l’essentiel est bien de le réanimer.
Pas de lui faire revivre le trauma, mais d’aller le récupérer là où il est resté bloqué.
En le regardant, en se connectant à lui, en allant chercher ses besoins.
Remettre de la vie en lui, c’est prendre le temps de l’écouter, d’accueillir son chagrin d’accueillir ce qui a été, de regarder comment il aurait aimé que ce soit. Mais c’est aussi regarder ce qui se rejoue inlassablement dans sa vie d’adulte.

L’Analyse Psycho-Organique est la psychothérapie avec le corps que je suis, d’ailleurs Serge Tisseron explique que « l’être humain utilise d’abord son corps pour se donner la représentation de ce qu’il vit, et c’est pourquoi le corps est l’espace privilégié de la mise en scène de l’indicible ».