Les apports du cheval à l’Analyse Psycho-Organique

Mots clés : portage équin, holding, verticalité, tiers, relation, sécurité ontologique, résilience, identité.

Thérapeute en Analyse Psycho-Organique depuis plusieurs années, des patients aux problématiques diverses se sont présentés à moi.
Les outils de l’Analyse Psycho-Organique (pratique psychocorporelle intégrant, entre autres, la sensation, le sentiment et le sens) ont permis à nombre d’entre eux de dépasser leurs blocages pour vivre une vie plus épanouie.

Cependant, certains autres, la plupart du temps atteints de blessures narcissiques profondes, ont montré beaucoup de difficultés à se connecter à leurs ressentis et à leurs émotions, parfois même, faisant tout leur possible, inconsciemment mais pas toujours, pour les éviter. Cela bloque, parfois pour longtemps, leur possibilité d’évoluer sur leur chemin thérapeutique.

En reprenant les différentes manifestations de leurs blessures narcissiques, certaines associations m’ont conduite à essayer d’avoir recours au cheval, que je connais bien, pour les aider à dépasser leurs difficultés. Permettre d’accéder à plus de sensations, tout en donnant plus de sens, sont des bases de l’Analyse Psycho-Organique. Comment le cheval pourrait-il faciliter ce processus ?

La place du cheval en Analyse Psycho-Organique : l’empathie au cœur de la thérapie

Le cheval serait en effet proche d’une préoccupation maternelle primaire au sens de Winnicott, en s’adaptant, grâce à son hypersensibilité, aux besoins de la personne qui l’approche. Il serait dans un « holding » rassurant du corps à corps, parfois même, du « peau à peau ». Dans cette perspective, le thérapeute, qui soutient le cheval et assure la sécurité serait « la bonne mère », garante d’un bon portage.


Les chevaux, dont certains sont de véritables « guérisseurs », ont la faculté de ressentir ce dont les gens ont besoin ; ils ont une empathie naturelle. Avoir recours au cheval, en tant que « maître empathique », permet d’effectuer un raccourci vers les ressentis subtils et les problèmes occultés. La mise en place de connections multisensorielles aide souvent les patients à accéder à leurs émotions. Travailler avec les chevaux en tant que « cofacilitateurs » permet aux patients de prendre conscience des tensions physiques, des émotions et des sentiments profonds qui inhibaient leur capacité à atteindre un plein potentiel ; ce faisant, ils accroissent leur estime personnelle.

Le déroulement d’une séance alliant le cheval et l’Analyse Psycho-Organique

Le début d’une séance avec les chevaux commence par une relaxation, la plupart du temps particulière à cette approche. Ensuite le patient va choisir un cheval dans le pré. Puis on travaille ensemble sur les projections, le contact et la relation avec le cheval.


Mon intention thérapeutique est d’inclure mes compétences en analyse psycho-organique et celles en accompagnement avec le cheval pour traiter les blessures narcissiques du patient. Cet ensemble trouve son sens pour reprendre avec le cheval ce qui n’a pas été fait, ou mal fait, avec la mère pour reconstruire un narcissisme qui permet d’arriver à l’autonomie.

 
Le contact avec le cheval favorise une régression transférentielle, où le patient peut revivre dans le corps des situations pour les dépasser et pour évoluer. Au début, c’est le thérapeute qui dirige le cheval, et au fur et à mesure, c’est le patient qui le fait, à l’image de ce qui se passe lors d’un processus en cabinet lorsque le patient s’empare progressivement des outils thérapeutiques. Le portage par le cheval est plus facilement accepté par certains patients qui ne l’envisagent pas avec leur thérapeute.

Cas d’usage : le patient face à la bienveillance de l’animal

Je rapporte le cas d’une patiente avec qui j’ai tenté cette expérience avec les chevaux. Un jour, elle est au milieu des chevaux, dans le pré. Je n’ai pas donné de consignes particulières. Elle est paisible et regarde les chevaux. Lucky s’approche d’elle et je vois, après un moment, des larmes d’émotion couler sur son visage (elle n’avait jamais pleuré au cabinet, me disant qu’elle aurait honte). Un peu plus tard, Péon approche également pour se faire caresser. Mais Lucky le repousse et les larmes coulent d’avantage. Elle me dira, à la fin de cette séance : « Je me suis sentie choisie par Lucky : on m’a choisie, j’existe, je suis quelqu’un, je suis un individu à part entière. Ce n’est pas comme ce que j’ai connu dans mon enfance. »

Cette expérience est venue renforcer chez cette patiente le sentiment d’identité et l’estime de soi. Elle a perçu, également, que « laisser couler ses larmes » n’avait eu aucune répercussion négative mais avait, au contraire, renforcé son sentiment de plénitude et d’appartenance au monde.

Cet expérientiel confirme comment, pour cette patiente, les apports du cheval l’ont aidée à lever sa résistance à se connecter avec l’organique profond et ont permis par la suite de déployer le travail de symbolisation.

Cet apport du cheval me fait aussi penser au « travail en groupe ». Dans les deux cas, les tiers enrichissent le cheminement. Le patient peut s’appuyer sur la présence du cheval comme il peut s’appuyer sur les participants du groupe qui interagissent et aident ainsi à libérer les ressentis et leurs expressions.

Pour conclure, je soulignerai que le recours au « vivant » qu’est le cheval, me semble intensifier le processus thérapeutique en Analyse Psycho-Organique.  

 

Sophie Houbiers

Cette publication a un commentaire

  1. Mercier Valérie

    Magnifique témoignage d’une pratique avec médiation ! Le cheval semble doué pour nous aider à guérir nos blessures psychiques mais je pense que cela demande beaucoup d’expérience de la part du thérapeute. Il lui faut être à la fois au diapason du client mais aussi du cheval.
    Merci pour ce partage Sophie.

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